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L’Art nouveau : l’apogée des arts décoratifs (1890-1914)

 

 

 

Naissance du style Art nouveau

 

La volonté de mettre en œuvre un art nouveau, au sens d’une nouvelle forme artistique, apparaît très tôt, dès la fin du XVIIIe siècle et préoccupe de nombreux théoriciens et artistes tout au long du XIXe siècle. C’est Johann Heinrich Füssli (1741-1825), écrivain et peintre romantique britannique, qui introduit le premier des formes nouvelles, prémisses de l'usage soutenu de l’arabesque et de la ligne courbe, qui deviendront la signature du style Art nouveau.

 

Issu des théories romantiques du XIXe siècle, l’Art nouveau se fonde sur la rupture avec le classicisme et en réaction à une société industrialisée. Rapidement considéré comme un mouvement international, l’Art nouveau – Tiffany aux Etats-Unis, Arts and Crafts en Angleterre, Jugenstil en Allemagne, Stile Liberty en Italie, s’impose en France dès le début des années 1890. C’est Siegfried Bing, marchand d'art, collectionneur et mécène français d'origine allemande, qui donne au nouveau style le nom sous lequel on le connait aujourd’hui, en ouvrant en 1895 une galerie d’art appelée « L’Art nouveau ».

 

L’Esthétique Art nouveau

 

Conçu comme l’art de la liberté, l’Art nouveau n’impose aucune règle aux artistes. Les normes de l’académisme austère et désuet sont pulvérisées, pour faire de l’Art nouveau un art transgressif au cœur duquel l’érotisme devient un élément incontournable. Les artistes se rejoignent internationalement, dans la forme arabesque, organique, fluide, et la référence à la sensualité.

 

 

Conçu comme un art total, fruit des théories romantiques de Gesamtkunstwerk (oeuvre d'art totale en allemand), l’Art nouveau couvre tous les domaines de la vie. On le retrouve dans la musique, la peinture, le mobilier, les bijoux, l’architecture et la verrerie. Il fait référence à la nature, aux plantes, à la femme.

 

Le rôle de la nature dans le style Art nouveau

 

Le principe esthétique de base qui gouvernait l’Art nouveau était la nature. Le critique anglais John Ruskin plaça la nature au cœur de la vie esthétique et éthique. Pour les adeptes de Ruskin, comme pour les décorateurs de l’Art nouveau, la nature remplaçait l’historicisme en mettant à disposition de tous un langage universel. Dans le sillage de ces théories panthéistes, l’homme n’était plus séparé de la nature. En conséquence, les volumes Art nouveau pouvaient mêler les formes humaines et les formes naturelles, dans une nouvelle vision de l’univers. D’où l’intérêt accru pour le monde naturel et un vrai culte de la nature, étudiée dans ses formes les plus variées.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La place de la femme dans l’esthétique Art nouveau

 

Influencé par la poésie de Baudelaire et de Mallarmé, ainsi que par le symbolisme, l’Art nouveau met à l’honneur la femme, placée dans des situations mystiques et occultes. L’image féminine fut explorée notamment à travers les affiches, les illustrations, les sculptures, les lampes et les meubles. Parmi les thèmes les plus récurrents : la beauté diabolique, la femme perfide ou encore la femme sensuelle.

 

 

 

 

 

 

Les artistes Art nouveau

 

Célèbres, les grands noms de l’époque 1900 sont mondialement connus : Daum, Gallé, Mucha, Majorelle, Horta, Gaudi, Guimard, Lalique, Grasset, Bugatti... Mais beaucoup d’autres artistes et décorateurs actifs au tournant du siècle se sont laissés entrainer par les idéaux de l’Art nouveau : Mary Golay, Émile Vernier ou encore Marcel Debut.

 

 

 

Dans un esprit international, ces artistes travaillent aussi bien les supports classiques que les techniques les plus variées, en inventant constamment de nouveaux procédés : le bois, le fer, le verre, la peinture, la lithographie, la céramique, la porcelaine, les affiches publicitaires, l’émail, l’opale…

 

Les affiches Art nouveau

 

C’est dans l’art graphique, et en particulier l’affiche, que le style Art nouveau trouva l’un des supports les plus efficace. L’évolution des techniques d’impression, et notamment la lithographie en couleurs, entraina l’essor spectaculaire des affiches grand format, qui inondent l’espace public dès 1890. La production d’affiches se prête particulièrement bien à l’esthétique Art nouveau. La ligne, le plan et les motifs plats étaient la clé du succès esthétique de la plupart des produits réalisés autour de 1900. Des contours marqués, généralement noirs, des aplats de couleur et des courbes organiques composaient les portraits, les compositions et les scènes d’intérieur.

 

 

 

Thonet et la technique du bois courbé

 

Michel Thonet, les débuts

 

Michel Thonet (1796-1871) est le fils unique d’une famille aux revenus modestes originaire du Rhin, en Allemagne. En 1819, il ouvre son premier atelier d’ébénisterie dans cette petite ville dont l’économie locale repose sur le travail du bois. Il devient rapidement un maitre ébéniste reconnu dans la fabrication de meubles de style Biedermeier, très en vogue alors en Allemagne.

 

Les premières expérimentations du bois courbé

 

Thonet réalise ses premières expérimentations de cintrage du bois au début des années 1830. Ce procédé est connu depuis le XVIIe siècle en Angleterre, et développé par d’autres artisans du bois dès le début du XVIIIe siècle. Michel Thonet reprend ces techniques et les adaptent à sa spécialité : le mobilier, et plus particulièrement la fabrication des sièges.

 

 

 

La technique du bois courbé : entre tradition et innovation

 

Sa technique consiste à coller plusieurs lamelles de bois de placage, qu’il a préalablement fait bouillir dans de la colle. Ces lamelles sont ensuite positionnées dans une matrice, puis séchées. Les chaises sont ensuite recouvertes d’un placage pour ne laisser paraitre les marques de courbure des lamelles.

 

 

 

L’entreprise Thonet : un succès mondial

 

Ses meubles rencontrent un vif succès dès la fin des années 1830. Mais le vrai essor de l’entreprise Thonet a lieu dans les années 1850, avec des commandes prestigieuses comme celle pour l’hôtel de la reine d’Angleterre à Budapest. En 1851, l’entreprise remporte une médaille de bronze à l’Exposition universelle de Londres pour son luxueux mobilier marqueté en palissandre et bois de rose. Son succès est relayé par la presse et donne un nouvel élan à l’entreprise, dont la renommée devient alors mondiale.

 

Thonet Frères : 1853-1910

 

Fort de ce succès, Thonet ouvre un premier magasin à Vienne en 1852. L’année suivante, il décide de transformer son entreprise en société au nom de ses cinq fils. La société Thonet Frères participe aux expositions universelles et continue à améliorer sa technique, en l’adaptant aux différents marchés. Ses chaises deviennent entièrement démontables – concept de fabrication révolutionnaire pour l’époque, simples dans ses formes, élégantes, à la fois légères et solides. Le succès commercial est immense et atteint une échelle mondiale. Thonet devient l’une des firmes les plus prospères du XIXe siècle.

 

La société Thonet : l’apogée

 

Entre 1910 et jusqu’à la Première Guerre mondiale, l’entreprise Thonet Frères est à son apogée, elle compte 52 firmes à travers le monde et exporte annuellement 22 000 tonnes de meubles qui séduisent aussi bien l’aristocratie et les milieux intellectuels, que les administrations et les lieux publics.

 

Ses catalogues présentent un large choix de chaises, mais également un nombre varié de mobiliers usuels : tables, bancs, fauteuils à bascule, guéridons, paravents, porte-manteaux.

 

 

 

 

Si Thonet a séduit autant tous ces publics, c’est par ce qu’il a su conserver la qualité du travail artisanal tout en produisant à l’échelle industrielle des meubles en série.

 

Triomphe et décadence de l’Art nouveau : 1890-1914

 

Le style Art nouveau est à son apogée de 1890 à 1905, et triomphe à l’Exposition universelle de 1900. Durant toute la première décennie du XXe siècle, l’Art nouveau était partout et ornait tout type de produit.

 

Les images ornementales, fortement décoratives sont toutefois vivement critiquées par ses opposants, et conduisent à une évolution de l’Art nouveau vers un style beaucoup moins sophistiqué. Ses formes deviennent plus géométriques, laissant la place à l’Art déco, qui prend complètement la relève à partir de 1920.

 

 

Bibliographie

 

  • L'Art nouveau : la révolution décorative, exposition Pinacothèque de Paris, 18 avril - 8 septembre 2013, Skira 2013.
  • Alphonse Mucha, exposition Musée du Luxembourg, Paris, 12 septembre 2018 - 27 janvier 2019, Editions de la Réunion des musées nationaux - Grand Palais, 2019.
  • Mylène Beaufils, "Étonnant Thonet : l'aventure industrielle du bois courbé", dans Le Temps des collections, VIe édition 2017-2018, Réunion des musées métropolitains Rouen Normandie, SilvanaEditoriale, 2018, pp. 85-99.

 

 

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