Mon panier
Aucun article
» » Le style Restauration (1815-1830)

Le style Restauration (1815-1830)

02 Avril 2021 | Galerie Atena

Grand centre de table en bronze doré d'époque Restauration
Grand centre de table en bronze doré d'époque Restauration

 

Après la défaite de Napoléon à Waterloo le 18 juin 1815, le pouvoir est repris en France par les deux frères de Louis XVI : le comte de Provence, qui règnera sous le nom de Louis XVIII (1815-1823), puis le comte d’Artois, connu sous le nom de Charles X, qui gouvernera jusqu'en 1830, quand il est renversé par la révolution de Juillet, et remplacé par un nouveau roi, Louis-Philippe Ier (1830-1848).

 

Cette période connue sous le nom de Restauration (1815-1830) est d’abord une réaction contre les fastes et la pompe de l’Empire. Elle impose dans l'ameublement et la décoration une élégance et un raffinement que le goût de Napoléon pour la grandeur et l’éclat avait, d'une certaine manière, obscurcis. Mais, sous la Restauration, ce ne sont plus les commandes de la famille royale ni celles des riches aristocrates qui donnent le ton. La mode s'adapte désormais aux besoins et au goût de la nouvelle société bourgeoise, qui loue à Paris des appartements plus ou moins cossus, adaptés à la vie de famille.

 

Petit bol en opaline bleue d'époque Charles X

Petit bol en opaline bleue d'époque Charles X orné de festons et de serpents enroulés

Pendule en bronze doré et ciselé avec Amour, époque Restauration

Pendule en bronze doré à décor d'Amour, époque Restauration

 

La conception du confort est influencée d'un certain art de vivre anglais. Des meubles de style Regency sont importés d'Angleterre, notamment des commodes. L’acajou, jugé trop lourd, est remplacé par les bois blonds. Les meubles imposants, ornés de bronzes, font place aux meubles de dimensions réduites, finement découpés ou incrustés. Comme sous la Régence un siècle plus tôt, on renonce aux vastes salles des palais officiels pour redécouvrir le charme de l’intimité des petits salons et des boudoirs.

 

Mais ce changement de style ne met pas en cause certains éléments essentiels du décor, qui reste profondément inspiré de l’époque précédente. Ainsi, la Restauration poursuit la tradition néo-classique chérie par Napoléon Ier et la porte à un degré de raffinement sans précédent.

 

Paire de flacons en opaline à décor néogothique
Paire de flacons en opaline à décor d'arcatures gothique

 

Parallèlement, le romantisme cherche son inspiration dans un Moyen Âge imaginaire qui mêle à l’ornementation classique du décor les rosaces, les festons et les ogives des cathédrales gothiques, en vogue sous Charles X.

 

Les meubles, les matériaux et les techniques

 

Les meubles Restauration dégagent une harmonie élégante : ils sont gracieux, confortables, légers et facilement maniables. En règle générale, ils conservent les formes sobres, légèrement galbées de l'Empire. Néanmoins, la structure s’adoucit, les dimensions sont réduites pour s’adapter aux intérieurs plus restreints et les courbes se manifestent de plus en plus sous forme de volutes, d’arabesques, d’accotoirs à crosses et de pieds sabre.

 

Miroir psyché Restauration en acajou

Psyché Restauration en acajou, bois doré et bronze, Circa 1820

Miroir psyché Restauration en acajou

Miroir Psyché : palmette étirée et tête de cigne (détail)

Miroir psyché Restauration

Miroir Psyché : étoile et palmette (détail)

 

Le mobilier d'époque Restauration est composé des pièces jugées essentielles : commodes pour faciliter le rangement, grandes tables rondes pour la salle à manger, bureaux plats ou secrétaires, armoires et parfois coiffeuses dans la chambre.

 

Dans le salon, le canapé méridienne lancé sous l’Empire est encore de mise. Des petites tables et des guéridons au dessus de marbre sont disposés à proximité de divers types de sièges à l’assise confortable, dont les fauteuils en gondole. Les sièges s’adaptent à ce style en présentant des dossiers découpés en fenestrages gothiques, flanqués de montants qui se terminent par des clochetons inspirés de pinacles de pierre des cathédrales. Aux éléments stylistiques des monuments et des meubles du Moyen Age s’ajoutent parfois des motifs de la Renaissance.

 

Bibliothèque Charles X en placage de palissandre

Bibliothèque Charles X en placage de palissandre à décor de filets marquetés

Guéridon-boite à bijoux en acajou, époque Restauration

Petite table-boite à bijoux en acajou et marqueterie de rosace en bois clair

Coiffeuse en placage d'acajou d'époque Charles X

Coiffeuse d'époque Charles X en placage d'acajou incrusté de filets de bois clairs

Les artisans de cette époque emploient avec la même habileté la technique du placage du bois, du bois massif et de l'incrustation.

 

Le mobilier Restauration se caractérise par l'emploi de bois clairs (l'orme, le frêne, le hêtre tacheté, le sycomore, l'érable ambré, le citronnier, l'oranger) incrustés de bois foncés (l'acajou, le palissandre et l'amarante). Plus rarement, et principalement pendant le règne de Charles X, les bois sombres sont incrustés de bois blonds, de filets de sycomore ou de citronnier en particulier.

 

Grand coffret à châle, époque Charles X
Grand coffret à châle en placage de loupe et filets d'ébène
Coffret à couture de forme sarcophage

Coffret à couture Charles X à motifs inscrustés néogothiques

 

Les motifs incrustés réalisés par les menuisiers et ébénistes de cette époque sont d’une qualité et d’une finesse exceptionnelles. Les décors de filets, de rosaces, de palmettes stylisées, de branchages fleuris et de rinceaux sont exécutés très finement, et s'apparentent à un vrai travail d'orfèvrerie. Ils jouent le même rôle décoratif que les bronzes dorés qui ornent le mobilier Empire, utilisés d'ailleurs comme source d'inspiration.

 

L'ornementation

 

L’ornementation, légère et très raffinée, souligne la structure des meubles. La mouluration, abandonnée sous l’Empire réapparaît délicatement sur les consoles, les secrétaires, les tables et les meubles imposants tels que les bibliothèques.

 

Boîte en nacre et bronze doré d'époque Charles X
Boite en nacre ornée de fleurs séchées et cornes d'abondance, Circa 1820
Paire de coupes aux dauphins d'époque Restauration
Rare paire de coupes aux dauphins d'époque Restauration

 

Certains motifs décoratifs du style Empire subsistent, mais sous une forme simplifiée. Parmi les plus utilisés, il y a la palmette - plus ronde, plus petite et stylisée, la corne d’abondance, la lyre, le cygne, l’étoile et les dauphins. Plus rarement, on retrouve les chimères, les griffons et les chevaux marins. Cependant, les motifs Restauration se distinguent des motifs Empire par la manière dont ils sont traités, beaucoup plus légère et moins solennelle qu’à l’époque précédente.

 

Centre de table en bronze doré d'époque Restauration

Centre de table en bronze doré d'époque Restauration : Ménades drapées à l'antique tenant des guirlandes de pampres (détail)

 

Parmi les motifs classiques, on retrouve les oves, les rangs de perles, les rinceaux de feuillages, les godrons, les fleurettes en guirlandes ou en bouquets, les rubans et les couronnes de fleurs.

 

Pendule borne

Pendule Amour lisant en marbre Vert-de-Mer et bronze signée Ledure et Hémon à Paris

Brûle-parfum en bronze et opaline à décor de cygneBrûle-parfum en bronze et opaline blanche laiteuse à décor de cygne, époque Restauration

Grande pendule lyre en loupe d'orme et bronze

Pendule lyre en loupe d'orme et bronze à décor de griffons et de motifs floraux en marqueterie de palissandre

 

En plus des motifs allégoriques et antiques (Amours, Psychés, Adonis, colonnes, piastres, corniches droites) hérités de l’époque précédente, les motifs gothiques envahissent meubles et objets, et constituent la nouveauté de cette période. Les objets du quotidien des plus modestes aux plus luxueux dits "à la cathédrale" ou "troubadour" tel que les vases, les pendules, les flambeaux, les encriers, les flacons et les coffrets se couvrent des détails inspirés des fenestrages, des rosaces, des arcs boutants, d’arcatures, des festons, des dentelures et des clochetons en pierre. Sous Charles X, le goût "gothique" fut la première réaction à l'omniprésent style antique défini par Percier et Fontaine au début du XIXe siècle.

 

Vases en opaline Restauration à décor Desvignes

Vases Desvignes en opaline ornés de personnages médiévaux et des arcatures gothiques

Paire de bougeoirs en porcelaine dure polychrome et or

 

Bougeoirs en porcelaine de Paris avec personnages orientaux dans des niches gothiques

Pendule à la cathédrale Restauration

Pendule "à la cathédrale" d'époque Restauration à motifs polylobés, arcatures, pinacles et arcs boutants

 

La verrerie Restauration

 

Un domaine qui connaît une période d’apogée au milieu des années 1820, est la verrerie. On attribue à l’époque de Charles X, ce qu’il y a de plus raffiné et de plus somptueux en cristal taillé. En effet, les années 1815-1830 représentent un véritable âge d’or du verre en France dont la renommée fut internationale grâce aux productions d’exception de cristalleries Baccarat, Creusot, Choisy-le-Roi et Bercy.

 

Les objets en cristal moulé ou taillés en pointe de diamant, remarquables par leur qualité, sont montés en argent ou bronze doré, très finement ciselé de dauphins, de cygnes ou de cornes d’abondance. Souvent, de têtes de bélier ou de serpents enroulés forment les anses.

 

Drageoir en cristal taillé et argent de Charles Louis DUPRE

Drageoir en cristal taillé et argent de Charles Louis Dupré

Coffret en cristal ambré et taillé d'époque Charles X

Coffret en cristal ambré d'époque Charles X, monture en bronze à palmettes et motifs floraux

Cave à parfum en cristal et bronze doré Charles X

Cave à parfum en cristal taillé et bronze doré, époque Charles X

 

Après 1814, les formes n’étant plus dictées par la Cour et n’obéissant donc plus à un programme esthétique bien précis, sont inspirées par les classes récemment enrichies qui imposent leur goût aux objets à la mode comme les verres couleur d’opale.

 

L’opaline est utilisée pour fabriquer des coffrets, des flacons et des vases. Vers 1820, les progrès techniques de l’industrie du verre marquent l’histoire de l’opaline qui voit surgir de nouvelles formes et décors. C’est à cette période que les vases dits "cornets", les flacons ronds à bouchons boules, les bols, les bonbonnières, les caves à odeur et autres objets de fantaisie font leur apparition. Les montures en bronze sont finement ciselées de motifs communs pour la plupart à la Restauration et à l’Empire, tels que le dauphin, le cygne, les colombes ou les oiseaux buveurs.

 

Coupe en opaline blanche laiteuse d'époque Charles X

Coupe en opaline blanche Charles X à décor d'oiseaux buveurs

Paire de flacons en opaline bleue à décor Desvignes

Paire de flacons en opaline bleue à décor Desvignes, Circa 1820

Coupe en opaline à décor Desvignes, époque Charles X

Coupe en cristal d'opale savonneux à décor néogothique par Jean-Baptiste Desvignes

Dans ce contexte, Jean-Baptiste Desvignes (1786-1826), peintre et doreur sur verre, cristal et porcelaine, trouve le moyen de peindre sur opaline. Il se sert de feuilles d'or ou d'argent et de couleurs uniquement végétales qu'il colle sur le cristal d'opale. Les tons mats se limitent au bleu sombre et au rouge. La dorure domine, sous forme de motifs aux dessins clairs et fins en palmettes, fleurettes et guirlandes. Sur certains coffres et coupes, Desvignes pose des décors "gothiques". Il exécute aussi de petites scènes illustratives inspirées par les fables de La Fontaine, aux teintes délicatement assourdies, bleu, vert doux, ocre, mauve, avec des taches dorées ou argentées.

 

Vases en améthyste ornés de scènes des Fables de la Fontaine
Vases en améthyste ornés de scènes tirées des Fables de La Fontaine, Circa 1820

 

Les flacons en verre "overlay" connaissent également un grand succès sous Charles X. Ce procédé de décoration consiste à doubler le cristal d'une couche d'émail blanc ou de couleur. Il a été découvert par l'anglais Joseph Prince de Durham, qui dépose son brevet en 1814. Formé par deux couches de verre, demi-cristal ou cristal de couleurs différentes, le décor se fabrique à partir de deux méthodes différentes correspondant à un doublage soit intérieur, soit extérieur. Dans la plupart des cas, la couche extérieure se réalise en émail blanc ou de couleur. Le doublage nécessite un décor taillé. Permettant de découvrir la couche intérieure, le tailleur entame la couche extérieure et crée différents décors tels que les pontils, les côtes creuses, le damier, les étoiles, ou encore les cordons. La France importe aussitôt ce procédé. A partir de 1828, la cristallerie de Bercy fabrique de l'opaline overlay, suivie quelque temps plus tard, de celle de Choissy-le-Roi. Vers 1839, Baccarat commence à produire des pièces doublées. En 1844, Saint-Louis réalise aussi des objets doublés et même triplés.

 

Flacon en opaline overlay Charles X

Flacon et son bouchon boule en opaline overlay deux couches, époque Charles X

Flacon à eau de mélisse avec un décor

Flacon à eau de mélisse avec décor "à la cathédrale", Circa 1820

 

Le verre et le cristal d’opale d'époque Restauration restent incomparables par la simplicité et la pureté des formes, la délicatesse des nuances, la finesse de la ciselure, qui se font de plus en plus rares après le temps de Charles X.