Mon panier
Aucun article
» » Les Bronzes d'édition en France au XIXe siècle

Les Bronzes d'édition en France au XIXe siècle

 
Jeune pêcheur napolitain de François Rude

 

Jeune pêcheur napolitain jouant avec une tortue d'après François Rude, fondeur Barbedienne, circa 1850

 

Le bronze d’édition : un phénomène de société

 

La petite sculpture ou le bronze d’édition est un phénomène surprenant par son ampleur et la variété des moyens technologiques et commerciaux employés, dont les produits sont de tout temps recherchés sur le marché de l’art. L’industrie du bronze d’édition démarre dans les années 1830-1840 et son succès est fulgurant. D’après la définition de Bernard Metman, le « petit bronze » comprend « non seulement les œuvres créées par l’artiste pour être des statuettes, mais aussi les œuvres grandeur nature ou monumentales, commandées par l’Etat ou par une collectivité (…) qui, réduites par l’éditeur, devenaient de la petite sculpture propre à orner des intérieurs » [Metman, p. 219].

 

Une nouvelle économie de l’art

 

Le bronze d’édition a été possible grâce à trois facteurs : premièrement, au progrès réalisés dans le procédé de la fonte au sable qui permettait de reproduire les œuvres en un grand nombre d’exemplaires sans avoir à refaire un modèle pour chacun d’eux ; deuxièmement, à l’appareil inventé par Achille Collas en 1839 qui permettait de reproduire, de réduire ou d’agrandir mécaniquement les modèles et enfin, aux contrats établis entre artistes, fondeurs et marchands-éditeurs, qui s’associent afin de répondre à l’attrait grandissant de la bourgeoisie pour cette statuaire de petite dimension.

 

Aux débuts de l'industrie du bronze, l'artiste cède à un ou plusieurs éditeurs le droit de reproduire une ou plusieurs œuvres dans une dimension et une matière déterminée. Certains sculpteurs allaient jusqu'à céder à l'éditeur la totalité des droits de reproduction de leur œuvre dans toutes dimensions et par tous moyens. Parfois, l'éditeur était autorisé à effectuer des modifications aux modèles d'origines pour des raisons commerciales afin d'en faire des ornements de pendules, vases et candélabres.

 

 
Groupe en bronze Léda et le cygne signé Rogue, 1817

 

Le nombre considérable de petits bronzes produits au XIXème siècle se caractérise donc par l’absence de l’intervention de l’auteur du modèle dans le processus de multiplication. En effet, les artistes ne contrôlent pas ni le nombre des tirages d’après leurs œuvres, ni leur qualité. Pour la plupart, il s'agit de produire à la demande qui est toujours grandissante dans les dernières décennies du siècle.

 

Tout d’abord, l'éditeur achète au sculpteur le nombre de modèles souhaités avec le droit de les reproduire afin de faire exécuter les bronzes par une fonderie. Plus tard, le fondeur devient lui-même l'éditeur de l’artiste. Il le renseigne sur le goût du public et publie des catalogues où les bronzes d’édition sont présentés en plusieurs versions et dimensions.

 

 

Sculpture en bronze Bellum d'Emile-Louis Picault, circa 1880

 

Des sculptures en bronze à succès de Barye, Pigalle, Pierre-Jules Mène sont commercialisés en plusieurs dimensions et multipliés avec précision pour un prix accessible par les grands fondeurs comme Ferdinand Barbedienne, les frères Susse et Thiébaut, les trois grandes spécialistes des figurines en bronze aux tirages illimités.

 

Le sculpteur peut contrôler chaque exemplaire édité d’après ses œuvres uniquement lorsque leurs tirages sont limités. Cette notion de limitation et de numérotage des épreuves apparaît seulement à la fin du XIXe siècle et ne s’impose que progressivement. Chaque épreuve porte alors un numéro d'ordre et généralement le chiffre total du tirage qui, en principe, ne doit pas être dépassé. Les limites numériques deviennent dorénavant un facteur décisif pour établir et garantir l’authenticité ou la qualité d’une œuvre.

 

Les sujets antiques et mythologiques

 

Parmi les thèmes le plus traités par les fondeurs, ce sont les copies d’œuvres antiques ou anciennes de dimensions réduites. Tombées dans le domaine public, les fondeurs prenaient la liberté de les réduire et les faire fondre, permettant ainsi leur diffusion au plus grand nombre.

 

Le Discobole

 

Petit bronze Le Discobole d'après l'antique, circa 1890

 

La fonderie Barbedienne reproduisait en bronze tous genres et styles : des statues antiques dont Apollon du Belvédère, la Vénus de Milo, Le Discobole, des œuvres de la Renaissance comme le Moise de Michel-Ange, les Chevaux de Marly de Guillaume Coustou, L’enlèvement de Proserpine ou encore le Mercure d'après Jean de Bologne (dit Giambologna). Ces statues copiées à l’identique ou avec des variantes ornaient dessus de cheminées ou de commodes, étagères, vitrines et divers autres meubles dont la somptuosité fut magnifiquement décrite dans L’Education sentimentale de Flaubert.

 

 

Bronze mythologique Mercure volant d'après Jean de Bologne, circa 1930

 

Les œuvres néoclassiques du début du XIXe siècle sont largement reproduites durant le Second Empire et la Troisième République. On y trouve de nombreux satyres et bacchantes réalisés dans le goût du sculpteur Clodion (1738-1814), ou bien encore des statuettes de genre dont les sujets inspirés de l’antique ou de la vie quotidienne fournissent le prétexte à illustrer le corps de la femme. James Pradier s’est notamment fait remarquer par sa production de figurines sensuelles et d’odalisques.

 

 

Bronze Femme au divan "à l'antique" signé Moreau d'après James Pradier, circa 1870

 

On fondait aussi de petits bronzes inspirés de l’antique avec des héros et des dieux grecs comme Le guerrier d’Auguste de Wever (1836-1910). C’est la remise en honneur du portrait individuel, des faits d’armes, des héros nationaux symbolisés par des dieux ou des héros de la mythologie antique ou bien encore par les effigies des empereurs Romains.

 

Ces personnages dénudés ou vêtues de toges avec des effets de drapés, dansant et illustrant des scènes mythologiques plaisaient à une clientèle cultivée, intéressée de retrouver chez soi les œuvres admirées dans les musées ou dans des ouvrages.

 

La statuette animalière

 

Certains sculpteurs contemporains exécutent ou font exécuter des réductions de leurs statues et groupes monumentaux présentés au Salon tandis que d’autres créent des œuvres de petites dimensions destinées spécifiquement à l’édition et à l’ornement de pendules, de chambres à coucher ou de salon.

 

 

Alexandre Falguière, Le vainqueur du combat de coqs, fondeur Thiébaut frères, circa 1890

 

Le plus célèbre parmi ces derniers est Antoine-Louis Barye dont les lions, les cerfs et les chiens de chasse se retrouvent dans tous les intérieurs bourgeois de l’époque. La vogue de la sculpture animalière mise à l’honneur par Barye perdure jusque dans les premières décennies du XXe siècle avec François Pompon et Nerid.

 

 

Statuette en bronze Chien à l'arrêt de Pierre-Jules Mène, circa 1860

 

Le petit bronze, objet de décoration

 

Les petites statuettes en bronze sont également utilisées comme ornement sur des ouvrages allant des écritoires aux vases, en passant par les garnitures de cheminées, pendules, aiguières, et leur vocabulaire décoratif est divers. Le plus souvent, elles s’inspirent de thèmes végétaux, de représentations animales, humaines ou fantastiques tels que: lions, Amours, dauphins, sphinx ou corps de femme.

 

 

Petit vase en bronze de Jean-Paul Aubé, fondeur Thiebaut Frères, Circa 1900

 

 

 

Paire de candélabres Empire ornés de Renommées tenant des torches

 

Quand elle décore des candélabres, la femme tenant la source lumineuse est revêtue d’étoffes flottantes permettant de dénuder cuisses et bras grâce à des savants effets de drapé.

 

 

Bibliographie

  • DEVAUX, Yves, L’Univers des bronzes et des fontes ornementales (Chefs-d’œuvre et curiosités 1850-1920), Paris, Pygmalion, 1978.
  • KJELLBERG, Pierre, Les bronzes du XIX° siècle. Dictionnaire des sculpteurs, Paris, Les Editions de l’Amateur, [1989].
  • LEBON, Elisabeth, Dictionnaire des fondeurs de bronze d’art, France 1890-1950, Perth, Marjon, 2003.
  • METMAN, Bernard, « La petite sculpture au XIXe siècle. Les éditeurs », dans Documents sur la sculpture française. Répertoire des fondeurs du XIX° siècle. Archives de l’art français, t. XXX, Nogent-le-Roi, Libr. des Arts et Métiers, 1989, pp. 175-218.
Ce site utilise des cookies destinés à optimiser votre expérience sur ce site et à vous proposer des offres correspondant à vos centres d’intérêt. En naviguant sur ce site, vous consentez à l’utilisation de ces cookies.
J’ai compris