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Antiquités & Arts Décoratifs

Bronzes d'édition

 

 

Bulletin des Arts Décoratifs

Decembre 2012

 

Les bronzes d'édition au XIXe siècle (1850-1930)

 

 

 

N°5

 

La petite sculpture ou le bronze d’édition est un phénomène surprenant par son ampleur et la variété des moyens technologiques et commerciaux employés, dont les produits sont de tout temps recherchés sur le marché de l’art.

 

L’industrie du bronze d’édition démarre dans les années 1830-1840 et son succès est fulgurant. D’après la définition de Bernard Metman, le « petit bronze » comprend « non seulement les œuvres créées par l’artiste pour être des statuettes, mais aussi les œuvres grandeur nature ou monumentales, commandées par l’Etat ou par une collectivité (…) qui, réduites par l’éditeur, devenaient de la petite sculpture propre à orner des intérieurs » [Metman, p. 219]. 

 

Le bronze d’édition a été possible grâce à trois facteurs : premièrement, au progrès réalisés dans le procédé de la fonte au sable qui permettait de reproduire les œuvres en un grand nombre d’exemplaires sans avoir à refaire un modèle pour chacun d’eux ; deuxièmement, à l’appareil inventé  par Achille Collas en 1839 qui permettait de reproduire, de réduire ou d’agrandir mécaniquement les modèles et enfin, aux contrats établis entre le sculpteur et l’éditeur.

 

Aux début de l'industrie du bronze, l'artiste cède à un ou plusieurs éditeurs le droit de reproduire une ou plusiures oeuvres dans une dimension et une matière déterminée. Certains sculpteurs allaient jusqu'à céder à l'éditeur la totalité des droits de reproduction de leur oeuvre dans toutes dimensions et par tous moyens. Parfois, l'éditeur était autorisé à effectuer des modifications aux modèles d'origines pour des raisons commerciales afin d'en faire des ornements de pendules, vases et candélabres.

 

Le nombre considérable de petits bronzes produits au XIX° siècle se caractérise donc par l’absence de l’intervention de l’auteur du modèle dans le processus de multiplication. En effet, les artistes ne contrôlent pas ni le nombre des tirages d’après leurs œuvres, ni leur qualité. Pour la plupart, il s'agit de produire à la demande qui est toujours grandissante dans les dernières décennies du siècle.

Tout d’abord, l'éditeur achète au sculpteur le nombre de modèles souhaités avec le droit de les reproduire afin de faire exécuter les bronzes par une fonderie. Plus tard, le fondeur devient lui-même l'éditeurs de l’artiste. Il le renseigne sur le goût du public et publie des catalogues où les bronzes d’édition sont présentés en plusieurs versions et dimensions.

 

Des bronzes à succès de Barye, Pigalle, Pierre-Jules Mène  sont commercialisés en plusieurs dimensions et multipliés avec précision pour un prix accessible par les grands fondeurs comme Ferdinand Barbedienne, Susse Frères et Thiébaut, les trois grandes spécialistes du bronze d’édition aux tirages illimités.

 

Le sculpteur peut contrôler chaque exemplaire édité d’après ses œuvres uniquement lorsque leurs tirages sont limités. Cette notion de limitation et de numérotage des épreuves apparaît seulement à la fin du XIX° siècle et ne s’impose que progressivement. Chaque épreuve porte alors un numéro d'ordre et généralement le chiffre total du tirage qui, en principe, ne doit pas être dépassé. Les limites numériques deviennent dorénavant un facteur décisif pour établir et garantir  l’authenticité ou la qualité d’une œuvre.

 

Parmi les thèmes le plus traités par les fondeurs, ce sont les copies d’œuvres antiques ou anciennes de dimensions réduites.  Tombées dans le domaine publique, les fondeurs prenaient la liberté de les réduire et les faire fondre, permettant ainsi leur diffusion au plus grand nombre. La fonderie Barbedienne reproduisait en bronze tous genres et styles : des statues antiques dont Apollon du Belvédère, la Vénus de Milo, des œuvres de la Renaissance comme le Moise de Michel-Ange, les Chevaux de Marly de Guillaume Coustou, L’enlèvement de Proserpine et le Mercure d'après Jean de Bologne. Ces statues copiées à l’identique ou avec des variantes ornaient dessus de cheminées ou de commodes, étagères, vitrines et divers autres meubles dont la somptuosité fut magnifiquement décrite dans L’Education sentimentale de Flaubert.

 

Sarpédon bandant son arc de Henri Peinte

Les œuvres néo-classiques du début du XIX° siècle sont largement reproduites durant le Second Empire et la Troisième République. On y trouve de nombreux satyres, bacchantes réalisés par ou dans le goût de Clodion (1738-1814), ou bien encore des enfants musiciens et Amours d'après Lemire (1741-1827).

 

On fondait aussi de petits bronzes inspirés de l’antique avec des héros et des dieux grecs comme Vénus et Amour de Jean Joseph Jaquet (1822-1898) ou encore Les Bergers d'Arcadie d'Eugène Aizelin (1821-1867) dont la Galerie Atena possède un bel exemplaire. C’est la remise en honneur du portrait individuel, des faits d’armes, des héros nationaux symbolisés par des dieux ou des héros de la mythologie antique ou bien encore par les effigies des empereurs Romains.

 

Ces personnages dénudés ou vêtues de toges avec des effets de drapés, dansant et illustrant des scènes mythologiques plaisaient à une clientèle cultivée, intéressée de retrouver chez soi les œuvres admirées dans les musées ou dans des ouvrages. 

Chien à l'arrêt de Mène

Certains sculpteurs contemporains exécutent ou font exécuter des réductions de leurs statues et groupes monumentaux tandis que d’autres créent des œuvres de petites dimensions destinées à être diffusées en grand nombre. Le plus célèbre parmi ces derniers est Antoine-Louis Barye dont les lions, les cerfs et les chiens de chasse se retrouvent dans tous les intérieurs bourgeois de l’époque. La vogue de la sculpture animalière mise à l’honneur par Barye perdure jusque dans les premières décennies du XX° siècle avec François Pompon et Nerid.

 

Le petit bronze est également utilisé comme ornement sur des ouvrages allant des ecritoires aux vases, en passant par les garnitures de cheminées, pendules, aiguières, et leur vocabulaire décoratif est divers. Le plus souvent, ils s’inspirent de thèmes végétaux, de représentations animales, humaines ou fantastiques tels que: lions, Amours, dauphins, sphinx ou corps de femme. Quand elle décore des candélabres, la femme tenant la source lumineuse est revêtue d’étoffes flottantes permettant de dénuder cuisses et bras grâce à des savants effets de drapé.

 

 

 

 

Bibliographie

 

DEVAUX, Yves, L’Univers des bronzes et des fontes ornementales (Chefs-d’œuvre et curiosités 1850-1920), Paris, Pygmalion, 1978.

KJELLBERG, Pierre, Les bronzes du XIX° siècle. Dictionnaire des sculpteurs, Paris, Les Editions de l’Amateur, [1989].

LEBON, Elisabeth, Dictionnaire des fondeurs de bronze d’art, France 1890-1950, Perth, Marjon, 2003.

METMAN, Bernard, « La petite sculpture au XIX° siècle. Les éditeurs », dans Documents sur la sculpture française. Répertoire des fondeurs du XIX° siècle. Archives de l’art français, t. XXX, Nogent-le-Roi, Libr. des Arts et Métiers, 1989, pp. 175-218.

 

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