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Une incroyable acquisition : "Voyage de la Sainte Famille en Egypte" de Georges Och

 

 

Georges Och, Voyage de la Sainte Famille en Egypte, paysage historique, 1847. Salon de 1848. © Galerie Atena.

 

Georges Och, un grand inconnu

 

Georges Och est un peintre de paysages français, né en 1798. A ce jour, on connait peu de choses sur la vie et la production de cet artiste qui a côtoyé les milieux du théâtre et des salons officiels sous la Restauration et la Monarchie de Juillet.

 

Il est répertorié dans plusieurs dictionnaires d’artistes, qui le présentent comme peintre de paysages, élève de Ciceri1. En 1831, Och habitait 50, quai de la Mégisserie, à Paris2. En 1844 et 1848, il expose au Salon trois paysages, avant de s’installer au 68 rue des Granges, à Besançon3.

 

 

Georges Och, Voyage de la Sainte Famille en Egypte. Détail.

 

Catalogue du Salon de 1848.

 

Georges Och, Voyage de la Sainte Famille en Egypte. Détail.

 

Georges Och est avant tout peintre de paysages. Il s’intéresse notamment au paysage historique, genre apprécié au Salon et dans les milieux officiels. En 1844, il envoie au Salon "Paysage avec animaux" et "Un chalet, vue prise à Thun (canton de Berne)", souvenir d’un voyage en Suisse4. Au Salon de 1848, on retrouve au n° 3472 du catalogue la toile "Voyage de la Sainte Famille en Egypte, paysage historique"5. Enfin, parmi ses œuvres les plus connues, on cite constamment deux paysages panoramiques : "Le panorama voyageur" et "Une vue de Paris, prise du haut des tours de Notre-Dame"6.

 

Georges Och, élève de Ciceri

 

Pierre-Luc Charles Ciceri (1782-1868) est l’un des plus illustres décorateurs de théâtre du XIXe siècle. Habile peintre de paysages, Ciceri se forme à partir de 1804 dans l’atelier de peinture de l’Opéra de Paris sous la direction de Degotti puis d’Isabey, et gravit rapidement les échelons. En 1815 il est nommé peintre en chef, titre rarement donné à un peintre de paysages, qu’il conserve jusqu’à sa retraite en 1848. Outre le Théâtre de l’Opéra, Ciceri participe à la création de décors pour les grands théâtres parisiens et provinciaux, tout en acceptant les commandes des particuliers.

 

Pierre-Luc Charles Ciceri, Esquisse de décor non identifié. © Gallica/Bibliothèque nationale de France.

 

En plus de restaurer les décors anciens, Ciceri met au point des modèles de décor de paysage qui servent de référence. Il imagine d’étonnants décors historiques, mythiques ou antiques envahis d’un luxe décoratif dû aux recherches historiques.

 

L’époque romantique développe une nouvelle idée du théâtre, où la mise en scène du texte prend beaucoup d’importance. Les costumiers et les décorateurs étudient différents aspects comme la fidélité historique, la couleur locale (l’exotisme), et le réalisme topographique. Des pièces comme « Henri III et sa sœur » d’Alexandre Dumas, « Le More de Venise » de Vigny ou encore « Hernani » de Victor Hugo ont des décors réalisés à partir des maquettes de Ciceri, historiquement documentés.

 

Vers 1817, Ciceri ouvre son propre atelier de peinture. Il fonde un consortium de peintres de décors qui travaillent pour tous les théâtres importants de Paris : le Théâtre Italien, la Comédie française, l’Odéon, le Gymnase ou encore le Théâtre de la Porte Saint-Martin. Installés dans les ateliers de l’Opéra, au faubourg Poissonnière, ses ateliers accueillent tous les futurs grands décorateurs du siècle : Charles Séchan, Edouard Despléchin, Jules Diéterle et Léon Feuchère. Au cours des années 1833-1839, certains de ces jeunes décorateurs montent leurs propres ateliers, en s’associant à d’autres décorateurs travaillant dans les ateliers de l’Opéra et de la Comédie française. Après sa faillite en 1848, c’est le fils et les gendres de Ciceri qui reprennent la direction de l’atelier.

 

Fait étonnant, ni Barry Daniels7, ni Nicole Wild8, deux auteurs de références dans le décor de théâtre à l’époque romantique, ne mentionne Georges Och parmi les élèves de Ciceri. Le passage d’Och dans l’atelier de Ciceri a probablement été de courte durée. L’absence de son nom peut s’expliquer également par une pratique courante à l’époque : les décors établis en atelier sous la direction d’un décorateur en chef, ne font souvent pas mention des élèves. Enfin, si Och n’apparait pas comme décorateur ou collaborateur de Ciceri ou d’un de ses élèves qui se sont associés et créés des ateliers plus tard, c’est parce qu’il n’a pas suivi la carrière de peintre décorateur de son maître, et s’est tourné plutôt vers la peinture de paysage.

 

 

Le plafond du Théâtre de La Chaud-de-Fonds en Suisse, 1837. Décor de Georges Och et Jean-Louis Chenillon représentant 8 muses et 3 personnifications des arts. © Yvonne Tissot, 2003.

 

Le seul projet de décoration que nous connaissons à ce jour est le plafond du Théâtre de La Chaud-de-Fonds en Suisse qu’il réalise en 1837, en collaboration avec le décorateur Jean-Louis Chenillon. Il est composé de 12 panneaux de velum représentant des personnages féminins orientalisants : huit muses de la mythologie grecque et trois personnifications des arts9.

 

Le décor de théâtre et son influence sur l’œuvre de Georges Och

 

Si Georges Och ne s’est visiblement pas tourné vers le décor de théâtre, son œuvre s’en est inspiré. Ses toiles présentent plusieurs points communs avec la décoration théâtrale, et plus précisément avec l’œuvre de Ciceri.

 

 

Georges Och, Voyage de la Sainte Famille en Egypte. Détail.

 

Georges Och, Voyage de la Sainte Famille en Egypte. Détail.

 

Georges Och, Voyage de la Sainte Famille en Egypte. Détail.

 

Tout d’abord, le goût pour le paysage. Comme son maître, Och aime les larges panoramas. Cicéri avait peint des vues des Pyrénées, de l’Italie et de Suisse, dont certaines ont été présentées au Salon10. Il a collaboré par ailleurs à l’illustration de l’édition des « Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France », un grand reportage imagé, publié sous la direction du baron Taylor (1789-1879), dont s’inspiraient certains de ses décors. Tout d’abord peintre de paysage, Ciceri l’est resté durant toute sa carrière. Il a porté ce genre à son apogée, et en a fait un exemple pour la jeune génération.

 

Pierre-Luc Charles Ciceri, Paysage. Lavis de sépia. Signé.

Avec son « Voyage de la Sainte Famille en Egypte », Och s’inscrit dans la tradition du paysage historique, apprécié par l’Académie et les milieux officiels11. Selon l’idéologie académique, la nature doit servir de cadre pour la scène historique, mythologique ou biblique. Le format impressionnant de la toile est celui de la peinture d’histoire, du « grand genre ».

 

La peinture historique est très populaire en France dans les années 1830 et 1840, représentée notamment par Delaroche et Boulanger. Dans un style réaliste, appuyé sur des recherches archéologiques, les peintres romantiques représentent des sujets d’émotion, de nature intime ou domestique.

 

Au théâtre, le goût pour la fidélité historique donne lieu à des mises en scène spectaculaires. Ciceri peint pour les spectacles historiques des reconstitutions étonnantes, imprégnées de réalisme. Georges Och a du apprendre dans son atelier l’importance de la fidélité historique, du réalisme et de la couleur locale. En effet, les maquettes de l’atelier Ciceri se remarquent par la précision du détail et les reconstitutions minutieuses. Mais le travail de Ciceri gardera à la fois un côté poétique et théâtral, qu’on retrouve chez Och dans sa grande toile « Voyage de la Sainte Famille en Egypte ». Ici le paysage est imaginaire, un décor égyptien réinterprété, imprégné de couleur locale mais dans un style réaliste, où le détail est représenté dans toute sa précision.

 

 

Georges Och, Voyage de la Sainte Famille en Egypte. Détail.

Pourtant, malgré l’exigence de la réalité historique, les décorateurs romantiques restent très sensibles à la fantaisie. Des erreurs (volontaires), des anachronismes se glissent dans leurs compositions. Ainsi, on retrouve sur une même toile ou un même monument des styles d’époques et de cultures différentes, tout en gardant une certaine homogénéité. Dans son « Voyage de la Sainte Famille en Egypte », Och juxtapose des décors architecturaux égyptiens ornés de hiéroglyphes, de sphinx, d’obélisques, et une végétation exubérante avec des palmiers et des arbres de Toscane.

 

 

[1] Ch. Gabet, 1831, Bellier de la Chavignerie, 1882-1885.

[2] Ch. Gabet, 1831.

[3] Bellier de la Chavignerie, 1882-1885.

[4] Explication des ouvrages de peinture et dessins, sculpture, architecture et gravure des artistes vivants exposés au Musée Royal le 15 mars 1844, Paris, Vinchon, 1844.

[5] Explication des ouvrages de peinture et dessins, sculpture, architecture et gravure des artistes vivants exposés au Musée national du Louvre le 15 mars 1848, Paris, Vinchon, 1848.

[6] Ch. Gabet, 1831, Bellier de la Chavignerie, 1882-1885, Bénézit, 1956-1961

[7] Barry Daniels, 2003.

[8] Nicole Wild, 1987 et 1993.

[9] LAURENTI WYSS, Lisa, 2011 ; Yvonne Tissot, 2003.

[10] JOIN-DIÉTERLE, Catherine, 1988.

[11] Le paysage historique fait l’objet d’un Grand Prix de Rome depuis 1827.

 

 

 

Bibliographie

  • Explication des ouvrages de peinture et dessins, sculpture, architecture et gravure des artistes vivants exposés au Musée Royal le 15 mars 1844, Paris, Vinchon, 1844.
  • Explication des ouvrages de peinture et dessins, sculpture, architecture et gravure des artistes vivants exposés au Musée national du Louvre le 15 mars 1848, Paris, Vinchon, 1848.
  • BELLIER DE LA CHAVIGNERIE, Emile, Dictionnaire général des artistes de l'École française depuis l'origine des arts du dessin jusqu'à nos jours : architectes, peintres, sculpteurs, graveurs et lithographes, ouvrage commencé par Émile Bellier de La Chavignerie ; continué par Louis Auvray, Paris, Librairie Renouard, 1882-1885.
  • BENEZIT, Emmanuel, Dictionnaire critique et documentaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs de tous les temps et tous les pays. Tome III. L-Z, Paris, Gründ, 1956-1961.
  • DANIELS, Barry Vincent, Le décor de théâtre à l'époque romantique : catalogue raisonné des décors de la Comédie-Française, 1799-1848, d'après les documents conservés dans les collections de la Bibliothèque nationale de France et de la Comédie-Française, Paris, Bibliothèque nationale de France, 2003.
  • GABET, Charles, Dictionnaire des artistes de l’école française au XIXe siècle, Paris, Chez Madame Vergne Libraire, 1831.
  • GOUSSET, Jean-Paul, RICHTER, Damien, « Les décors de scène conservés au théâtre de la Reine et à l'Opéra Royal de Versailles », dans Versalia. Revue de la Société des Amis de Versailles, n°6, 2003, pp. 18-34. Disponible en ligne : https://www.persee.fr/doc/versa_1285-8412_2003_num_6_1_1065 [Consulté le 11/10/2019].
  • JOIN-DIÉTERLE, Catherine, Les Décors de scène de l'Opéra de Paris à l'époque romantique, Paris, Tardy, 1988.
  • LAURENTI WYSS, Lisa, « Le théâtre de La Chaux-de-Fonds : renaissance d'une salle "à l'italienne"? », dans Kunst + Architektur in der Schweiz, n°62, 2011, pp. 22-25. Disponible en ligne : https://docplayer.fr/64704131-Le-theatre-de-la-chauxde-fonds-d-une-salle-a-l-italienne-lisa-laurenti-wyss.html [Consulté le 11/10/2019].
  • LIÈVRE-CROSSON, Élisabeth, Du classicisme à l’académisme, Paris, Éditions Milan, 2008.
  • TISSOT, Yvonne, Le Théâtre de La Choux-de-Fonds, une bonbonnière révolutionnaire : comment une petite ville horlogère se dota d’un théâtre en 1837, Lausanne, Payot Lausanne, 2003.
  • WILD, Nicole, Décors et costumes du XIXe siècle. Tome I : Opéra de Paris, Paris, Bibliothèque nationale, 1987.
  • WILD, Nicole, Décors et costumes du XIXe siècle. Tome II : Théâtres et décorateurs, collections de la Bibliothèque-Musée de l'Opéra, Paris, Bibliothèque Nationale, 1993.
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